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La révolution sexuelle, le combat continue...

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Pilule, avortement, libération de la sexualité féminine, la révolution sexuelle des années 60-70 a apporté son lot d’avancées. La sexualité a cessé d’être un tabou pour enfin être acceptée et même revendiquée. Oubliée l’époque où la virginité était considérée comme le bien le plus précieux de la femme, preuve de sa pureté et de sa respectabilité, la révolution sexuelle a raccourci les jupes et ouvert les esprits. Les changements sociaux, politiques et législatifs qui s’ensuivirent ont été si fulgurants que beaucoup ont considéré que le combat pour la « libération sexuelle » avait été remporté.

Cependant, aujourd’hui nombre d’exemples démontrent que l’on s’est peut-être réjoui trop vite. En effet, à y regarder de plus près on remarque que les préjugés concernant la sexualité ont toujours cours. On se demande également si, à trop vouloir banaliser le sexe, on n’aurait pas abouti à sa marchandisation.

Certes, au cinéma, à la télévision, à la radio et dans la presse on parle plus librement de sexe, mais on stigmatise encore la « fille » qui multiplie les conquêtes ou celle qui se promène avec une jupe jugée trop courte. Y a t-il eu un véritable changement de nos mentalités ou la révolution sexuelle n’a t-elle été qu’un leurre ?

Mai 68 et des siècles de répression volent en éclats !

« Jouissons sans entrave ! ». Contestant l’ordre bourgeois et patriarcal auquel la société s’est soumise, les jeunes se mobilisent pour exalter une sexualité trop longtemps brimée. Ils revendiquent le droit de disposer de leur corps comme bon leur semble.

On retiendra Mai 68 comme une date clé de la « révolution sexuelle ». Néanmoins, selon les historiens, celle-ci s’est amorcée bien avant. À partir de la Belle Epoque les mariages arrangés cèdent la place aux mariages d’amour. Dans les années 50 le magazine ELLE lance son courrier du « cœur » dans lequel on parle ouvertement des relations homme/femme, thèmes qui autrefois étaient confinés au domaine privé. Dès le milieu des années 60 on constate une augmentation des divorces et des unions libres. Mais c’est véritablement à partir de Mai 68 que le processus s’accélère. Un changement structurel des mentalités s’opère, on parle de modernité et d’égalité, de dépassement des interdits. Règles morales et habitudes sociales deviennent caduques à un rythme effréné. La commercialisation de la pilule en 67 et le droit à l’avortement en 75 rendent possible une véritable libération sexuelle en enlevant le risque de grossesse non désiré. Entre 1968 et 1981, l’âge du premier rapport sexuel diminue de cinq ans en moyenne pour les filles et de six ans pour les garçons pour se stabiliser à 17ans. On observe également une multiplication des partenaires avant le mariage et une diversification des pratiques sexuelles.

L’industrie cinématographique franchit une nouvelle étape. C’en est finit des allusions, l’acte sexuel est montré et mis en scène de manière crue dans des films comme Le Dernier Tango à Paris ndlr « Passe moi le beurre ».

Entre boulimie sexuelle et pudibonderie

En dépit de ces avancées, la situation reste critique. Les normes ont changé mais sont toujours présentes. Prisonniers d’une sexualité censée être libérée, au devoir de procréer s’est substitué celui de jouir. L’orgasme à tout prix est devenu le nouveau mot d’ordre et qu’importe la tendresse, la découverte des corps, la sensualité… Toutes les autres formes de sexualités ont été mises de côté pour privilégier la performance et la réussite. La pornographie n’est pas étrangère à ce phénomène. Plus répandue et plus accessible, elle a eu un impact très fort sur la manière dont les jeunes conçoivent la sexualité. L’imagination et l’inventivité sont reléguées au second plan et seul reste la fierté d’avoir possédé, d’avoir eu un corps à sa merci. Loin d’être une manière de s’épanouir ou de montrer son amour pour l’autre, la sexualité est devenue avilissante et porteuse d’angoisse. Hommes et femmes se vantent de leurs prouesses sexuelles et l’affichent comme une gloire. Une sexualité à la chaîne est de rigueur, elle permet aux hommes de montrer leur force et aux femmes leur pouvoir de séduction. Ce fordisme sexuel est également encouragé par les médias. Les images matraquées à la télévision et sur les réseaux sociaux s’inspirent de la pornographie et font l’apologie d’une sexualité toujours plus crue. Le « sexe fait vendre ». Pour intéresser le public, les sous-entendus sexuels se multiplient ; faisant de l’acte sexuel un produit de consommation comme un autre.

En parallèle, on remarque que d’anciens préjugés quelques peu passéistes ont toujours cours : décolleté trop plongeant est encore synonyme de mœurs légères dans l’esprit de certains. À Gennevilliers, une jeune fille a été agressée par trois autres parce qu’elle portait aux dires de ses agresseurs une « jupe trop courte ».

Aux Etats-Unis, un des pays précurseur dans la lutte pour la libération sexuelle, le phénomène des bagues de pureté se propage et fait de plus en plus d’émules. Le principe est simple : un père emmène sa fille devant l’autel et lui passe la bague au doigt pendant qu’elle jure de rester pure et chaste jusqu’au mariage. Outre le côté incestueux, cette pratique représente un énorme pas en arrière, elle remet au goût du jour l’ordre patriarcal en permettant au père de s’immiscer dans l’intimité de sa fille. Ce phénomène prend d’autant plus d’ampleur qu’il bénéficie d’une importante présence médiatique au travers de stars de Disney Channel comme Miley Cyrus ou Les Jonas Brothers qui arborent fièrement leur bague de pureté. Les jeunes filles qui les observent et les admirent intègrent donc dès leur plus jeune âge que le sexe n’est une bonne chose que s’il est pratiqué entre mari et femme.

Face à tous ces phénomènes aussi divers que contradictoires, il conviendrait d’essayer de retrouver une sexualité libre et épanouissante. S’éloigner de la pression sociale et des normes qui donnent une vision stéréotypée de la sexualité, pour essayer d’aller réellement à la rencontre de son partenaire. Car qu’est-ce que la sexualité si ce n’est une expression de soi et une découverte de l’autre. Il ne s’agit pas forcément d’amour mais bien de respect* et de bienveillance.

– Anne-Laure Adélaïde –