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Hôpitaux Low-Cost

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La lutte contre la pauvreté s’apparente à bien des égards au combat mythique contre l’hydre de Lerne aux multiples têtes. Selon la mythologie, lorsqu’en en coupait une, il en repoussait deux. Il semble qu’il en va de même lorsque l’on s’attaque aux multiples têtes de la pauvreté (santé, éducation…).Néanmoins nous ne pensons pas que la pauvreté soit incurable. Si les travaux d’Héraclès vinrent à bout de l’hydre alors même que l’on considérait la tête centrale immortelle, des initiatives ont le mérite d’avoir autant d’audace que le héros des douze travaux en s’attaquant à la racine du mal. A l’image de celle du Docteur Devi Shetty, qui réinvente l’hôpital de A à Z et révolutionne l’accès aux soins en Inde en proposant de pratiquer des opérations à bas coûts. Pour ce faire, cet ingénieux chirurgien a tout simplement revisité le modèle du travail à la chaîne inventé par Henri Ford dans ses célèbres usines.

Néanmoins nous ne pensons pas que la pauvreté soit incurable. Si les travaux d’Héraclès vinrent à bout de l’hydre alors même que l’on considérait la tête centrale immortelle, des initiatives ont le mérite d’avoir autant d’audace que le héros des douze travaux en s’attaquant à la racine du mal. A l’image de celle du Docteur Devi Shetty, qui réinvente l’hôpital de A à Z et révolutionne l’accès aux soins en Inde en proposant de pratiquer des opérations à bas coûts. Pour ce faire, cet ingénieux chirurgien a tout simplement revisité le modèle du travail à la chaîne inventé par Henri Ford dans ses célèbres usines.

Un modèle inédit

Pour réussir cette prouesse, Devi Shetty et son équipe de chirurgiens ont inventé un système inédit d’opérations à la chaîne. Inspiré par le fordisme du début du XXe siècle et par le système à flux tendus mis en place par Toyota au Japon, le chirurgien a pour seul objectif l’optimisation. Chaque infirmière ou médecin répète le même geste sur chaque patient, l’anesthésiste suit la même logique en surveillant jusqu’à quatre opérations en même temps à travers les fenêtres des blocs opératoires. Ces derniers, en enfilade, fonctionnent dix heures par jour, sans aucun temps mort. Cette innovation permet ainsi de pratiquer 5 opérations à cœur ouvert en même temps alors que normalement, dans un service de chirurgie cardiaque 2 ou 3 opérations par jour ont lieu.

De quoi révolter Charlie Chaplin des Temps Modernes! Ouvrier pris au piège dans les rouages de l’industrialisation, le personnage que Charlot incarne est soumis à un travail aliénant : tâches répétitives, rythme effréné… tous les éléments nous poussent à nous demander si les effectifs de ces nouveaux hôpitaux fordistes ne seraient pas de nouveaux automates.

Le débat est ouvert. Il n’en demeure pas moins que face aux critiques concernant la standardisation des opérations et la possibilité d’une perte de qualité des interventions, le Dr. Shetty répond par des chiffres éloquents à l’image de ceux de son « usine à cœurs » à Bangalore qui réalise le nombre le plus élevé d’opérations cardiaques au monde : jusqu’à 32 opérations du cœur par jour, 700 opérations par mois ! Admiratif des travaux de Henry Ford, le but du Dr. Shetty est de rendre abordable l’accès aux soins : « Nous voulons que chaque personne de cette planète puisse se payer une opération cardiaque et des soins de santé. Ça n’a aucun sens de parler de développement de la médecine cardiaque, de traitement contre le cancer… si les gens ne peuvent pas se les payer. »

Low-cost oui, mais pas low quality !

Son credo : augmenter les volumes des interventions chirurgicales tout en faisant baisser les coûts. Et tous les indicateurs sont au vert : risques faibles, prix faibles, rendement élevé. En effet, le taux de mortalité est aussi faible que dans les meilleurs établissements occidentaux et le prix d’une opération est divisé par dix par rapport à un établissement occidental.

Cela repose toutefois sur un modèle d’hôpital revisité au-delà de la simple réorganisation. Ainsi l’air conditionné est restreint aux locaux dédiés aux opérations et aux unités de soins intensifs, en dehors desquels la ventilation naturelle est privilégiée. Les proches et amis visitant les patients sont invités à suivre une formation aux soins d’infirmiers: on attend d’eux qu’ils sachent changer les bandages ou réaliser des tâches basiques. L’architecture de l’ « usine à cœurs » est composée quant à elle en majeure partie de locaux préfabriqués contrairement aux hôpitaux traditionnels à plusieurs étages qui supposent des fondations en acier ou encore des équipements de sécurité incendie spécifiques. Enfin, grâce au nombre élevé de patients, les machines sont utilisées au maximum de leurs capacités, ce qui permet d’amortir leur coût plus rapidement.

C’est donc une véritable chasse aux coûts qui a permis de proposer des soins à des prix défiants toute concurrence. Et pour ceux qui ne peuvent pas payer, chaque cas est étudié, l’hôpital prenant en charge parfois une partie des frais. « L’hôpital fait des bénéfices car nous avons des chambres pour les riches, pour qu’ils soient bien confortablement installés. Ils ont des chambres spéciales, avec télévision et micro-ondes et ils payent pour tout ça. […] Ca équilibre les comptes. Mais les traitements sont les mêmes pour tous. » affirme Laxli Mani, directrice de l’accueil des patients défavorisés.

Une réponse à un système de santé en déliquescence

On comprend aisément que la rentabilité du business model soit assurée : les patients affluent de toute l’Inde. C’est dire aussi à quel point cette initiative est bienvenue dans pays qui a abandonné la santé aux mains du privé après plusieurs décennies de sous- investissement.

Par jeu de cause à effet, on retrouve des soins bien trop chers et donc une grande majorité de la population se tourne, faute de mieux, vers des revendeurs, charlatans et officines qui travaillent pratiquement en dehors de toute réglementation. Une nébuleuse de prestataires non agrées et non formés représentant une sérieuse menace pour la santé des personnes les plus vulnérables qui n’ont que deux alternatives : s’endetter afin de pouvoir bénéficier de soins dans le privé ou bien remettre sa vie aux mains d’un personnel non qualifié ou disposant de très peu de moyens.

Il apparaît ainsi que le Dr. Shetty a non seulement coupé une des multiples têtes de l’hydre de la pauvreté, mais a aussi empêché sa réapparition en étendant son réseau d’hôpitaux à 11 villes indiennes depuis 2001, date de la création de son premier hôpital. Outre ce combat, le chirurgien est aussi le créateur du système d’assurance de santé le moins cher au monde grâce auquel plus de 3.5 millions de personnes sont couvertes. Preuve qu’un système décrié autrefois peut contribuer aux exploits futurs lorsque repensé et adapté à un contexte particulier.

– Cécilia Fracalossi –