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Les géants de l'internet français en croisade contre les adbockers

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Depuis quelques semaines, de nombreux sites français (dont Deezer ou encore L’Express) affichent sur leur page d’accueil une banderole visible uniquement par les utilisateurs d’un adblocker. Cette banderole, plus ou moins grande, leur pose la question suivante « Vous utilisez un adblocker ? », suivie d’un petit texte expliquant qu’en en utilisant, ces utilisateurs privent ces sites de revenus, leur principale source de financement étant la publicité.

Ces actions tendent donc à moraliser l’utilisateur qui n’agirait pas bien puisque, au nom de son confort, profiterait d’un service sans le rémunérer, ici indirectement via la publicité. Ce ne serait donc pas éthique d’en utiliser, car en tant que consommateur, ces utilisateurs briseraient le contrat tacite qu’il existe entre eux et une entreprise qui leur délivre un accès gratuit à différents contenus (musique, information…).

Les internautes ne veulent pas de la publicité

S’il veut que ce service reste gratuit, l’utilisateur devrait alors accepter de voir de la publicité. Mais, si les adblockers sont si répandus aujourd’hui, surtout chez les jeunes, cela ne montrerait-il pas que les internautes ne supportent plus d’être assaillis par des annonces publicitaires lorsqu’ils se rendent sur internet ? On parle même de pollution visuelle ou sonore, ce qui indique bien le caractère nuisible de ces publicités.

Ne serait-ce donc pas à ces entreprises de s’adapter à ce que veut le consommateur au lieu de le forcer à adhérer à ce modèle de développement ? L’idée de cette campagne de culpabilisation envers les utilisateurs d’adblockers illustre parfaitement le fait que ces entreprises pensent d’abord à elles avant de penser à ses internautes.

Google, seule entreprise à avoir contourné le problème

Pourtant parmi tous les géants du net, une seule entreprise a choisi de ne pas combattre les adblocker : Google. Or, l’entreprise américaine vit de la publicité via ses liens commerciaux, proposés à chaque recherche et que les adblockers filtrent pour qu’ils n’apparaissent pas.

Voyant cela comme une menace à court, moyen et long terme, Google n’a pas poursuivi en justice l’entreprise phare dans ce domaine, AdBlock ; elle l’a rachetée. Ainsi, elle la contrôle et a exigé qu’elle ne filtre plus ses annonces publicitaires. Mais pour le reste des sites internet, ils n’ont pas de restrictions, ce qui a pour avantage de nuire à ses concurrents sans qu’ils puissent contre attaquer. En effet à partir de maintenant, attaquer AdBlock, c’est attaquer Google.

Les entreprises du net français comprennent-elles la génération Y et Z ?

A juger par cette option stratégique choisie par Google, on peut comprendre que le géant du net croit dans le fait que l’essor des adblockers est inéluctable et qu’il ne pourra pas être combattu. La particularité d’internet montre, notamment à travers les sites illégaux de streaming vidéo et musicaux, qu’à chaque fois qu’est abattu un site ou un programme qui gêne l’industrie, de nouveaux apparaissent le jour d’après (Napster, Grooveshark, Megaupload, Popcorn Time, Torrent 411…)

Cela révèle les comportements de notre génération, Y et Z, qui avons grandi avec l’idée qu’internet pouvait tout nous apporter en terme de contenu, gratuitement et surtout sans contrainte. Nous savons qu’il existe des moyens d’avoir accès à n’importe quel contenu sans débourser un seul centime, et nous ne nous gênons pas pour le faire.

Utiliser un adblocker est légal

Pourtant, cela fait-il de nous des personnes immorales ? D’un côté, nous pouvons nous défendre d’utiliser un moyen légal (car oui utiliser un adblocker n’est pas illégal) que nous donne une entreprise pour ne plus voir nos pages internet polluées par la publicité. Mais de l’autre, nous cassons le business model de ces sites qui nous permettent d’avoir un accès limité à leurs contenus gratuitement. Nous poussons donc en utilisant des adblocker ces sites à envisager de passer au tout payant, ce que personne ne semble souhaiter.

Comment rester compétitif quand l’offre abonde ?

Or le rapport de force est plutôt de notre côté, nous internautes, car en effet si Deezer par exemple choisissait de passer au tout payant, la plupart des utilisateurs se tournerait probablement vers d’autres sites de streaming musical qui eux offrent un catalogue presque aussi complet et un service gratuit.

Cependant Napster, qui fait son grand retour depuis l’année dernière, propose directement un service payant et n’offre donc pas de service gratuit limité. La gratuité va-t-elle finir par disparaître sur internet ?

On perçoit donc qu’un virage est en train de s’effectuer : celui de la disparition petit à petit du modèle de gratuité basé soit sur la publicité soit sur la revente d’informations d’utilisateurs, ou les deux.

Et en effet, puisque nous refusons la publicité et que nos données personnelles laissées sur des sites soient revendues, nous les forçons indirectement à passer à un système d’abonnement payant. Le prochain grand problème auquel vont être confrontés ces sites sera de savoir s’ils vont prendre ce risque sachant qu’ils pourraient par cette action perdre une grande majorité de leur audience.

Google, seule entreprise qui semble survoler le sujet

Cependant, une entreprise nous montre depuis des années qu’il est possible d’utiliser de la publicité et de revendre les données qu’elle prélève sur ces utilisateurs sans que cela ne pose problème à la majorité d’entre eux dans leur façon de l’utiliser : Google.

Cela ne serait donc pas seulement une question de publicité ou de gestion de données personnelles, mais bien sur la façon dont les sites le font. En d’autres termes, tout se jouerait sur la contrainte directe qu’impliquent la publicité et la question de la gestion des données personnelles sur l’utilisateur lorsqu’il est sur un site internet.

La publicité doit évoluer

Cet exemple nous montre donc que ce n’est pas la publicité qui est en danger, mais la façon dont elle est mise en oeuvre sur la plupart des sites internet. Les internautes refuseraient la publicité qui aurait une contrainte directe très importante sur eux et sur la façon dont ils accèdent aux contenus qu’ils recherchent (photo, audio, vidéo).

Et c’est peut être sur ce point que ces sites pourraient trouver leur salut et continuer de permettre des accès gratuits mais toujours limité à leurs utilisateurs : trouver de nouveaux moyens de faire de la publicité.

Ce fut le pari pris par des certains Larry Page et Sergueï Brin en 1998 lors de la création de leur start up devenu aujourd’hui une des plus puissantes compagnies au monde, Google. Nous sommes en 2016, et personne ne semble encore avoir retenu la leçon.

– Côme Fradetal –